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Géopolitique et Relations

Chine et sécurité européenne : les points de friction

Les relations entre la Chine et l’Union européenne combinent échanges commerciaux, coopération scientifique et rivalité géopolitique. Depuis la seconde moitié des années 2010, les institutions européennes évaluent plus attentivement les risques liés aux technologies critiques, aux réseaux numériques…

Chine et sécurité européenne : les points de friction

Les relations entre la Chine et l’Union européenne combinent échanges commerciaux, coopération scientifique et rivalité géopolitique. Depuis la seconde moitié des années 2010, les institutions européennes évaluent plus attentivement les risques liés aux technologies critiques, aux réseaux numériques et aux investissements dans les infrastructures.

Cette évolution ne signifie pas que Bruxelles cherche à rompre ses liens avec Pékin. Elle traduit plutôt une volonté de réduire la dépendance stratégique et de protéger la sécurité européenne, tout en maintenant des possibilités de coopération. Plusieurs points de friction permettent de comprendre les choix européens.

À retenir :

  • Protection des technologies critiques et des infrastructures numériques européennes
  • Réduction des dépendances sans rupture générale des échanges avec Pékin
  • Coordination européenne confrontée aux compétences nationales de sécurité
  • Vigilance accrue face aux cybermenaces et aux risques d’ingérence

Technologies critiques : la rivalité économique devient un enjeu de sécurité

Cette évolution s’explique par la transformation progressive de la relation : la coopération technologique n’est plus dissociée des enjeux de sécurité. Le programme chinois Made in China 2025, lancé en 2015, vise à renforcer les capacités industrielles nationales dans des secteurs avancés.

Made in China 2025 et la vigilance européenne

Pour les gouvernements européens, l’enjeu ne se limite pas à la concurrence entre entreprises. Les investissements et acquisitions peuvent donner accès à des savoir-faire, à des données ou à des positions stratégiques dans des secteurs essentiels.

Le rachat du fabricant allemand de robotique KUKA par le groupe chinois Midea, en 2016, a alimenté ce débat. La même année, Berlin a retiré son autorisation à la vente du fournisseur d’équipements pour semi-conducteurs Aixtron, après réexamen de risques de sécurité.

Selon la Commission européenne, la Chine est à la fois partenaire, concurrent économique et rival systémique. Cette formulation, adoptée en 2019, reflète une prise de distance avec l’idée que les échanges commerciaux suffiraient à aligner les intérêts des deux parties.

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Les inquiétudes concernent également les collaborations de recherche. Aux Pays-Bas, la décision de l’Université de Leyde de mettre fin à son partenariat avec un Institut Confucius en 2019 a illustré les interrogations sur la liberté académique et la protection des données.

Pour les entreprises et les universités, l’enjeu concret consiste à examiner les conditions d’accès aux travaux, aux équipements et aux informations sensibles. Le risque dépend du secteur, des partenaires et des protections en place, plutôt que de la seule origine d’un investissement.

Les principaux facteurs de vigilance technologique :

  • Accès aux savoir-faire dans la robotique et les semi-conducteurs
  • Protection de la propriété intellectuelle et des données de recherche
  • Concentration des fournisseurs dans des secteurs industriels stratégiques
  • Évaluation des acquisitions au regard de la sécurité nationale

Cette attention portée aux actifs industriels conduit naturellement à examiner les réseaux qui transportent les données et soutiennent les services essentiels.

Cas observé Enjeu européen Réponse ou débat
KUKA, Allemagne, 2016 Acquisition d’un acteur de la robotique industrielle Débat accru sur les transferts technologiques
Aixtron, Allemagne, 2016 Équipements pour la fabrication de semi-conducteurs Autorisation retirée après réexamen sécuritaire
Université de Leyde, Pays-Bas, 2019 Coopération scientifique et autonomie académique Fin du partenariat avec un Institut Confucius
Cadre européen de filtrage, 2019 Investissements étrangers et ordre public Coordination entre États membres et Commission

Réseaux 5G et cybersécurité : protéger les infrastructures numériques

Une fois les risques industriels mieux identifiés, l’attention européenne s’est étendue aux infrastructures numériques. Les réseaux télécoms, les centres de données et les systèmes de gestion des services essentiels peuvent exposer des informations sensibles ou créer des dépendances durables.

La boîte à outils européenne pour la 5G

Selon la Commission européenne, les réseaux 5G nécessitent une évaluation coordonnée des risques et des mesures d’atténuation. La boîte à outils adoptée en 2020 recommande notamment de diversifier les fournisseurs et de limiter l’exposition aux fournisseurs considérés comme à haut risque.

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Les États conservent toutefois la décision finale sur la sécurité de leurs réseaux. La France a adopté en 2019 une loi encadrant l’utilisation de certains équipements mobiles ; le Royaume-Uni a ensuite fixé un calendrier d’exclusion de Huawei de ses réseaux 5G d’ici à 2027.

Les politiques nationales restent différentes. La Grèce, où Huawei était déjà présent dans des infrastructures 4G, n’a pas adopté la même interdiction générale que certains autres pays. Ces divergences compliquent la cohérence européenne, même lorsque les gouvernements partagent des préoccupations communes.

Repères sur les politiques de réseaux :

  • France : autorisation de sécurité pour certains équipements télécoms
  • Royaume-Uni : retrait planifié de Huawei des réseaux 5G
  • Grèce : approche distincte, sans interdiction générale de Huawei
  • Union européenne : coordination des évaluations et diversification des fournisseurs

Cybermenaces, espionnage et coopération entre États

La cybersécurité constitue un autre point de friction, car les attaques peuvent viser les administrations, les entreprises ou les infrastructures. Des autorités européennes ont attribué publiquement certaines opérations à des acteurs liés à la Chine ; ces signalements renforcent les préoccupations sur l’espionnage et le vol de propriété intellectuelle.

Selon l’OTAN, la sécurité cyber fait partie des défis stratégiques auxquels les Alliés doivent répondre. L’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité, l’ENISA, et le groupe de coopération NIS contribuent aux échanges, mais les États gardent la main lorsque leur sécurité nationale est en jeu.

Les autorités tchèques ont notamment averti que des équipements de Huawei et ZTE pouvaient présenter des risques pour la cybersécurité. Ces alertes ne remplacent pas une évaluation technique au cas par cas, mais elles poussent les opérateurs à examiner les accès, les mises à jour et la gestion des composants.

Selon le cadre européen de coopération cyber, le partage d’informations aide les autorités à repérer les risques communs. La difficulté demeure d’agir assez vite sans réduire la coordination à une simple déclaration politique.

Actions concrètes de protection numérique :

  • Cartographier les fournisseurs et composants des réseaux essentiels
  • Réduire les dépendances à une chaîne d’approvisionnement unique
  • Renforcer les échanges d’alertes entre autorités nationales
  • Protéger les données sensibles des entreprises et des administrations
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La protection des réseaux dépend donc autant des choix techniques que de la capacité des États à coordonner leurs réponses, ce qui rend le filtrage des investissements déterminant.

Filtrage des investissements : coordonner sans fermer le marché européen

La coordination numérique ne suffit pas à protéger les actifs sensibles si des acquisitions échappent à l’examen. Le mécanisme européen de filtrage des investissements directs étrangers, adopté en 2019, organise le partage d’informations entre la Commission et les États membres.

Un cadre commun, des décisions nationales

Le dispositif permet à la Commission et aux gouvernements d’échanger sur les investissements susceptibles de toucher la sécurité ou l’ordre public. Il ne donne cependant pas à Bruxelles un droit de veto général : l’examen et la décision finale relèvent des mécanismes nationaux.

Cette répartition reflète une tension institutionnelle durable. Le commerce et les investissements relèvent largement du cadre européen, tandis que la sécurité nationale demeure une responsabilité des États. L’efficacité du mécanisme dépend donc de la qualité des échanges et de la cohérence des contrôles nationaux.

Le filtrage n’équivaut pas à une fermeture aux capitaux étrangers. Il vise à distinguer les investissements ordinaires des opérations susceptibles de donner un accès sensible à une infrastructure, une technologie ou des données stratégiques.

Critères utiles pour examiner un investissement :

  • Sensibilité technologique des actifs concernés
  • Accès potentiel aux données ou aux infrastructures essentielles
  • Concentration des fournisseurs et solutions de remplacement disponibles
  • Coordination entre autorités nationales et institutions européennes

Réduire la dépendance stratégique sans découplage

La réponse européenne s’inscrit dans une logique de réduction des risques, plutôt que de rupture générale. Les tensions autour de Taïwan, les frictions commerciales et le rapprochement entre Pékin et Moscou rendent toutefois plus visibles les conséquences possibles d’une dépendance stratégique excessive.

Selon les orientations européennes de sécurité économique, la diversification des approvisionnements peut réduire les vulnérabilités sans interrompre les échanges utiles. Pour une entreprise, cela signifie identifier des fournisseurs alternatifs, sécuriser ses données et prévoir des solutions de continuité en cas de restrictions commerciales.

La rivalité géopolitique entre Pékin et Washington complique également la marge de manœuvre européenne. L’Union cherche à défendre ses intérêts propres, sans s’aligner automatiquement sur les choix américains ni négliger les risques associés à l’ingérence économique et numérique.

Le défi est donc moins de choisir entre ouverture et fermeture que de rendre les relations plus résilientes. La sécurité européenne dépendra de règles appliquées de façon cohérente, d’investissements dans les capacités propres et d’une coopération durable entre les États.

Source : Commission européenne, « EU-China – A Strategic Outlook », 2019 ; Règlement (UE) 2019/452 établissant un cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers, 2019 ; Commission européenne, boîte à outils de l’Union pour la cybersécurité des réseaux 5G, 2020.

À retenir

Une défense européenne qui se construit dossier après dossier

Qu'il s'agisse de budgets militaires, de coopération avec l'OTAN, d'initiatives européennes, d'impacts économiques ou de perspectives d'avenir, chaque rubrique raconte une facette différente de la même question : comment l'Europe assume, aujourd'hui, sa propre sécurité. Rien n'est figé : chaque texte adopté et chaque investissement engagé peut encore faire évoluer cet équilibre.

Pour aller plus loin

  • Comparer plusieurs sources avant de juger la fiabilité d'un chiffre ou d'une échéance stratégique
  • Replacer chaque initiative européenne dans son calendrier d'application réel, pas seulement sa date d'annonce
  • S'intéresser aux dépendances industrielles autant qu'aux annonces politiques
  • Suivre l'actualité européenne pour voir ces équilibres évoluer d'une année à l'autre